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Les hôtels : Nouvelle fièvre de construction à Paris

Évolution de l'art décoratif. - Telles sont, à grands traits, les caractéristiques successives des hôtels parisiens du xviiie siècle. A l'intérieur, ces demeures devinrent plus confortables, grâce à l'emploi constant des parquets, à la création des salles à manger fixes (on prenait ses repas, au XVII siècle, dans une pièce ou dans l'autre, suivant le nombre des convives), à l'introduction des garde-robes dites à l'anglaise, à l'établissement de cheminées qui tiraient bien, voire de poêles empruntés aux pays du Nord. Et l'art décoratif fut entièrement renouvelé. Tout d'abord, la boiserie fit l'objet, à l'intérieur, d'un emploi systématique, donnant aux pièces sa chaleur et la richesse de son décor. Ce décor, les ornemanistes de la Régence le voulurent chargé, à base de lignes courbes, asymétrique et soumis à une fantaisie parfois délirante.

Le style Louis XV ramena la symétrie et le rythme, sans renoncer à la richesse et à la fantaisie. Dans un salon Louis XV, ordonné le plus souvent autour d'une cheminée, d'une console et de plusieurs baies, on ne relève pas deux motifs ornementaux semblables. L'esprit des sculpteurs ou des peintres se donne libre cours. Les coquilles et les trophées, d'usage constant dans la décoration, sont matière à d'innombrables fantaisies, rehaussées par le jeu des couleurs : peintures des dessus de porte, sculptures mates ou dorées des corniches et des plafonds, couleurs des boiseries rehaussées d'ors souvent de plusieurs tons. On imagine le plaisir des artistes à Les hôtels de style rocaille. - Parmi les édifices caractéristiques de cette débauche ornementale, on peut citer les balcons à consoles torturées des hôtels Séguier (133, rue Saint-Antoine) et Pidoux (6, rue des Saints-Pères). A l'hôtel Chenizot (51, rue Saint-Louis en-l'Ile),


Agrandir le plan une des rares demeures XVIII siècle de l'île Saint-Louis, des consoles grimaçantes et compliquées et une agrafe à tête de faune dominent la porte cochère aux refends vermiculés au fond de la cour intérieure, un tympan en éventail, orné avec exubérance, se détache dans une arcade en plein cintre. La façade de l'hôtel du président Hénault (82, rue François-Miron), où les contemporains admiraient l'agencement des magnifiques salons, est faite d'un entresol encadré de très lourdes consoles, d'un bel étage avec balcon et fronton triangulaire, puis d'un étage et de combles. A l'hôtel Le Lièvre (4 et 6, rue de Braque), des consoles rocaille supportent encore un lourd balcon chantourné.
Parmi les demeures construites à cette époque, on peut citer l'hôtel de Charolais, par Lassurance (1704; 101, rue de Grenelle, ministère du Commerce), l'hôtel d'Estrées, par Robert de Cotte (1713; 79, rue de Grenelle; ambassade de l'U.R.S.S.)
Agrandir le plan, avec un magnifique escalier et des salons décorés, l'hôtel de Brancas, construit en 1713 par Bullet (6, rue de Tournon), dont un salon Régence a conservé un magnifique parquet marqueté, l'hôtel de Tavannes (1713; 5, rue Saint- Dominique), avec une belle porte cochère. L'hôtel de Clermont (69, rue de Varenne; commissariat à l'Énergie atomique), construit par Leblond en 1708, a vu sa décoration intérieure remaniée par la suite. De l'hôtel que Boffrand s'était fait construire pour lui-même en 1714 (78, rue de Lille; ambassade d'Allemagne), subsiste l'harmonieuse façade sur jardin.

Toujours au faubourg Saint-Germain, on peut encore citer : l'hôtel de Seignelay, par Boffrand (1714; 80, rue de Lille), avec deux pièces décorées; l'hôtel de LongueilMaisons, par Lassurance (1709; 51, rue de l'Université), avec un beau salon décoré par Leroux; l'hôtel de Gournay (1710-13; 1, rue Saint-Dominique), où Boffrand dressa une façade concave épousant le plan d'une cour ovale. L'hôtel de Clermont-Tonnerre (déb. Xvllle; 118-120, rue du Bac) se signale sur la rue par ses belles portes cochères décorées, dit-on, par Toro.
Près de la place des Victoires, l'hôtel La Vrillière fut renianié de 1713 à 1719 par Robert de Cotte; sa galerie reçut à cette époque un somptueux décor de glaces de boiseries, de panneaux peints, qui lui a valu le nom, sous lequel nous la connaissons, de Galerie dorée.
Non loin de là, l'hôtel Dodun, construit par Bullet (1715; 21, rue de Richelieu), a un bel escalier décoré de vases, d'amours et d'instruments de musique. Parmi les édifices touchés par ce style, citons encore l'ancienne fontaine de l'abbaye Saint-Gerniai n-des- Prés (1716), actuellement square Paul-Langevin.


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Et cette mode se prolongea, pour certains édifices, bien avant dans le XVIII siècle, malgré l'évolution du style. La façade extérieure de l'hôtel de Marcilly, par Claude Bonneau (vers 1730; 18, rue du Cherche-Midi), abonde en éléments de décoration rocaille, qui se retrouvent aussi dans la façade sur cour, conçue pourtant dans une agréable sobriété de lignes. L'hôtel Gouffier de Thoix (1760; 56, rue de Varenne) aurait pu être édifié sous la Régence, tant les consoles qui entourent sa porte cochère et surtout le tympan chargé d'une lourde coquille rappellent les créations rocaille. Aux deux étages de la façade sur cour, mascarons, agrafes et tympan sont également compliqués, L'entrée des écuries est décorée de très élégants médaillons sculptés en haut-relief.

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