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Les hôtels : Nouvelle fièvre de construction à Paris

La résistance au style rocaille. - Même au début du siècle, les artistes ne furent pas unanimes à subir la tyrannie du style Régence. Dès l'apparition de cette mode, bon nombre de traditionalistes protestèrent de leur attachement à la sobriété et à l'harmonie. On en trouve un exemple dans J'ancien avant-corps de l'hôtel de Choiseul (vers 1715), transformé en pavillon dans le jardin du musée Carnavalet (seule, la façade sud est ancienne) qui témoigne d'une grande simplicité de style. De même, il suffit de comparer les portes cochères de l'hôtel de Dreux-Brézé (1, rue du Regard) et de l'hôtel de Beaune (7, rue du Regard), élevées toutes deux vers 1720 par le même architecte : la première sacrifie au goût de la Régence, la seconde, plus mesurée, annonce déjà, par la finesse de ses consoles, le style Louis XV.

Les hôtels Soubise et Rohan. - La construction et la décoration, de 1704 à 1740 environ, des hôtels Soubise et Rohan est un exemple majeur de l'évolution des tendances et des formules depuis la fin du style Louis XIV jusqu'au style Louis XV à son apogée. Vers 1704-1705, l'architecte Pierre-Alexis Delamair entreprit de transformer pour le prince de Soubise l'ancien hôtel de Guise, dont la façade était jusque-là tournée vers l'actuelle rue des Archives
Agrandir le plan. Pour cela, il imagina, à la grande admiration des contemporains, de créer une nouvelle façade au sud, et de la faire précéder par une immense cour d'honneur entourée de deux portiques surmontés d'un toit plat et d'une balustrade ajourée. L'effet monumental surprend dans le Marais, où le prix élevé du terrain obligeait les architectes à construire leurs hôtels dans des espaces très réduits. Gabriel se souviendra de la conception de Delamair en construisant l'École militaire. La façade principale de l'hôtel Soubise, à rez-de-chaussée et à un seul étage, est faite à sa partie centrale de deux ordres super-posés et couronnés d'un fronton triangulaire. Elle avait été pourvue d'une belle décoration sculpturale : il en subsiste les figures symboliques du fronton (qui a perdu ses armoiries) et les génies qui surmontent la balustrade, à la base du toit à la française; les Quatre Saisons du premier étage sont des copies. C'est le charme original de cet hôtel de nous offrir, au-delà d'une cour si vaste, une façade bien équilibrée dont les deux étages harmonieux et mesurés font contraste avec les dispositions colossales des résidences du XVII siècle.

A l'hôtel voisin, de Rohan, Delamair fut moins ambitieux : la façade sur le jardin est imposante, avec son rezde-chaussée en plein cintre, son premier étage ionique et son deuxième ordre sans fronton, mais la cour d'honneur est modeste. A côté, la cour des écuries présente d'harmonieuses proportions, et s'orne d'un chef-d'œuvre : le bas-relief de Robert Le Lorrain, les Chevaux du Soleil, frémissants et indomptables, qui se précipitent à l'abreuvoir.

Mais Delamair avait contre lui de ne pas faire partie du clan Hardouin-Mansart, qui dominait toute l'architecture officielle de l'époque. L'architecte de Versailles, jusqu'à sa mort en 1708, puis ses parents et successeurs Robert de Cotte, Boffrand, Gabriel, accablèrent Delamair de critiques, lui reprochant en particulier de ne pas avoir, à la façade de l'hôtel Soubise, respecté les sacro-saintes règles qui présidaient à la superposition des ordres. Finalement, à la mort du prince de Soubise, en 1712, Delamair fut congédié, et remplacé par Boffrand, qui allait réaliser, à l'intérieur des deux hôtels, un des chefsd'œuvre de la décoration française.

Au rez-de-chaussée (appartement du prince), malheu-reusement très mutilé au XIX siècle, des toiles mythologiques de Trémolières, de Van Loo, de Restout et de Boucher s'encadrent dans les boiseries de la chambre à coucher. Le salon ovale, gris de lin, est décoré d'exquis lambris et de huit hauts-reliefs symboliques en stuc.

Mais c'est l'appartement de la princesse (premier étage)' qui constitue l'un des plus beaux ensembles Louis XV connus. Dans la chambre, Boucher et Trémolières ont peint au-dessus des portes Les Vertus enseignantes des Grâces et de Minerve. Au trumeau et à la corniche, d'excellents sculpteurs ont raconté les plus beaux épisodes de la mythologie amoureuse, tandis que les panneaux sont décorés d'innombrables amours. Enfin, dans le salon ovale, Natoire, en huit caissons soutenus par des amours, retraça l'histoire de Psyché; d'autres amours supportent les rayons de la corniche qui viennent s'unir à la rosace du centre du plafond . Ce salon n'est pas seulement une des merveilles de l'art français : il nous montre encore que, vers 1740, la finesse de nos décorateurs avait définitivement dépouillé toutes les traditions du XVII siècle. Maîtres incontestés des intérieurs, peintres et sculpteurs de stucs et de boiseries unissaient la souplesse de leurs talents pour créer de la fantaisie, de la grâce, de la légèreté.

L'hôtel Rohan, à la différence de son voisin, a conservé son escalier, d'un élégant dessin, bordé de délicates ferronneries. En revanche, la décoration intérieure a beaucoup souffert. Mais il nous reste le salon des singes, peint par Huet entre 1749 et 1752, qui nous offre, avec ses scènes enfantines, ses jeux plaisants, ses gardeurs de chèvres et ses chinoiseries, un des plus charmants exemples de ces boiseries peintes à la mode de l'époque. Malgré sa décoration profane, cette pièce servait d'oratoire aux évêques de Strasbourg. Dans le même hôtel ont été remontées les boiseries d'un cabinet vert et or, à sujets de fables d'Ésope, provenant de l'hôtel Soubise, et une chambre à alcôve gris de lin rehaussé de pourpre.
Ce fut le dernier chantier important du Marais. Pour l'époque Régence, on ne peut citer en outre, dans ce quartier, que l'hôtel Amelot de Chaillou, construit par Bullet (78, rue des Archives). De l'hôtel Bertier de Flesselles, rue de Sévigné, ne subsiste qu'un plafond d'Audran conservé au musée des Arts décoratifs.

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