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Les hôtels : Nouvelle fièvre de construction à Paris

Autres ensembles décoratifs de cette époque.
Entre-temps, Boffrand, en 1711, avait décoré les salons du Petit- Luxembourg, y créant une série de boiseries d'une somptuosité et d'un raffinement rarement égalés. Les appartements de l'Arsenal, décorés en 1745 et longtemps attribués au même Boffrand, sont, sans doute de l'architecte Dauphin . Un joli plafond peint dans le style d'Audran, provenant de l'hôtel de Mme de Verrue, rue du Cherche-Midi, a été remonté au musée des Arts décoratifs.

Les hôtels Louis XV du faubourg Saint- Germain : Biron et Lassay. - Construit par Jacques Gabriel et Aubert de 1728 à 1731, l'hôtel Biron (musée Rodin, 77, rue de Varenne)

Agrandir le plan est bien caractéristique du début du style Louis XV. Sa façade sur la cour est faite d'un rez-de-chaussée et d'un étage qui échappent à toute monotonie grâce à un avant-corps central à fronton, avec de larges baies en pein cintre superposées, et à deux pavillons d'angle. Les clefs des baies sont ornées de mascarons et d'agrafes. Cette disposition se retrouve à la façade donnant sur le beau jardin anglais, créé dans la deuxième moitié du xviiie siècle. De lourdes consoles rocaille supportent le balcon de l'avant-corps central. Les proportions de l'hôtel, la répartition du décor, en font une demeure pleine d'harmonie.

C'est également Aubert qui, avec Lassurance, éleva de 1722 à 1724 l'hôtel de Lassay (35, quai d'Orsay; présidence de l'Assemblée nationale), qui passe pour avoir exercé une profonde influence sur les artistes contemporains. Il ne comprenait à l'origine qu'un rez-de-chaussée, aux larges baies en plein cintre, surmonté d'une balustrade ajourée et de groupes enfantins. Il a conservé une suite de cinq admirables salons où, malgré les transformations, d'ailleurs habiles, du xixe siècle, on peut reconnaître toutes les séductions de la décoration Louis XV : glaces en plein cintre alternant avec des peintures et des portes sculptées, légers trophées de chasse dans les écoinçons, médaillons - du milieu du xv,ije siècle - anges sculptés au-dessus de la porte du grand salon doré, pilastres magnifiques du vestibule corinthien encadrant de larges trophées guerriers. Du Palais-Bourbon, construit en 1722 et perpétuellement modifié au cours de sa carrière législative, seule la grande cour intérieure a conservé - à peu près - l'aspect que lui donnèrent dans la seconde moitié du siècle les travaux du prince de Condé.

Les hôtels cle Courtonne. - A l'architecte Jean Courtonne, nous devons trois demeures de la rive gauche. C'est d'abord l'hôtel de Vendôme, bâti en 1707, devenu l'École des Mines, dont la belle façade subsiste sur les jardins du Luxembourg; l'hôtel de Noirmoutiers, construit de 1719 à 1724 (138, rue de Grenelle; état-major de l'Armée) et qui sera décoré un peu plus tard par Lassurance; enfin et surtout l'hôtel Matignon (1721; 57, rue de Varenne; hôtel du Premiei Ministre).

Celui-ci s'ouvre par une belle porte cochère, en tour creuse, entre deux paires de colonnes ioniques à chute. Sur la cour d'honneur, sa façade à deux étages, terminée par une balustrade ajourée, se renfle en un avant-corps semi-circulaire orné de consoles sculptées, supportant un balcon flanqué de trophées. La façade sur le jardin, décalée par rapport à la précédente, ce qui a permis de pratiquer une basse-cour, est de plan plus simple, mais plus délicatement décorée. A l'intérieur, les salons du premier étage ont conservé une admirable décoration de boiseries blanc et or. Au fond des immenses jardins, une charmante construction, faite d'un rez-de-chaussée à refends et à mascarons très chargés, est connue sous le nom de « Petit Trianon » : elle annonce l'Ermitage du château de Bagnolet, décoré par Coypel (148, rue de Bagnolet), et nous fait déjà songer à la légèreté de Bagatelle. Parmi ces pavillons de jardin, aussi exigus que leur décor était raffiné, il faut encore citer celui du 6 bis, passage Violet, construit en 1740, et les pauvres restes du pavillon de M. de Julienne (9, rue Berbier-du- Mets).

Les hôtels de Leroux. - L'architecte J.-B. Leroux a attaché son nom à plusieurs demeures du faubourg Saint-Germain . C'est d'abord l'hôtel d'Avaray (ambassade des Pays-Bas; 85, rue de Grenelle), construit vers 1718, et dont la façade sur les jardins a beaucoup d'harmonie. L'hôtel de Roquelaure, commencé par Lassurance en 1722, fut terminé par Leroux en 1736 (ministère des Travaux publics; 246, boulevard SaintGermain) : il garde au fond de sa cour d'honneur une belle façade à deux étages, surmontée d'un fronton triangulaire et d'une balustrade, ornés de mascarons et d'agrafes, puis deux ailes à refends d'une élévation analogue. Dans ses grandes lignes, l'ensemble paraît inspiré de l'hôtel de Brienne. A l'intérieur de l'hôtel de Roquelaure, il est possible de suivre l'évolution de l'art décoratif parisien du XVIII siècle : après la symétrie systématique du petit boudoir Régence, décoré par Natoire, les boiseries du salon rouge sont un exemple remarquable de l'originalité du style Louis XV. A côté de l'hôtel de Roquelaure, une jolie demeure qui lui est maintenant annexée, l'hôtel de Lesdiguières, construit en 1740, a conservé une belle façade sur jardin. Enfin, c'est encore Leroux qui, en 1740, acheva l'hôtel de Villeroi, commencé en 1724 par Aubry pour l'actrice Desmares. Il dissimule sa charmante façade, aux proportions très étudiées, derrière le bâtiment sans intérêt du ministère de l'Agriculture (78, rue de Varenne).

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