Hotels historique
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Les hôtels : L'hôtel classique à Paris
L'hôtel classique. - Ces vastes palais sont en somme des hôtels amplifiés; leur plan avec bâtiment central entre cour et jardin, le soin apporté à l'ornementation de leurs appartements, le luxe pictural de la galerie telle qu'elle apparaît au Louvre et au palais Mazarin, tels sont les caractères qui sont communs aux beaux hôtels de l'île Saint-Louis et du Marais. D'Henri IV à Mazarin, Paris s'est couvert de riches hôtels, dont beaucoup subsistent. Jusqu'alors, l'architecture civile parisienne ne nous avait présenté que de rares vestiges. A partir de J'époque que nous étudions, il reste tant de magnifiques hôtels de la noblesse ou de confortables demeures de la bourgeoisie, qu'il faut se résigner à choisir parmi les meilleurs témoignages de l'architecture classique.
Au reste, l'évolution de l'hôtel parisien est fort simple. Parti du plan médiéval auquel il demeura fidèle durant le xvie siècle, soumis au temps d'Henri IV à de fréquentes influences flamandes ou hollandaises qui tendent à lui donner je ne sais quel aspect austère, l'hôtel parisien de Louis XIII et de Mazarin adopte définitivement l'architecture et l'ornementation classiques qui vont demeurer en faveur jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Mais les architectes des hôtels parisiens ne se sont point contentés d'employer les ordres antiques ou de se mettre à l'école des théoriciens italiens. Ils ont créé et adapté au climat et à la vie sociale un type de demeure dont l'originalité est évidente. Si, çà et là, les réminiscences italiennes se déchiffrent sur les murs, l'ensemble architectural et décoratif n'en forme pas moins une œuvre très française, plus française même qu'aucune des autres manifestations de l'architecture sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI.
Le bâtiment central de l'hôtel parisien n'est pas en bordure de la rue : il s'ouvre au fond d'une cour à laquelle les carrosses accèdent par une porte cochère à heurtoir. Lourds, massifs, ferrés de gros clous sous Henri IV et Louis XIII, les battants de la porte cochère deviennent plus élégants au temps de Mazarin. Les pilastres et les consoles qui les encadrent s'affinent également au cours du siècle. Au XVI siècle (hôtel Carnavalet), ou au début du XVII siècle (Luxembourg), les architectes répugnaient à élever un étage au-dessus de la porte cochère, généralement flanquée d'un rez-de-chaussée au toit en terrasse. A mesure qu'on avance dans le xvile siècle, la porte cochère, et le rez-de-chaussée qui l'escorte, sont surmontés d'étages, souvent couronnés d'un fronton qui bouche la pittoresque vue de la rue aux fenêtres du corps de logis principal.
Au fond de la cour, entre ses deux ailes perpendiculaires, se dresse le bâtiment principal. La façade qui s'ouvre sur la cour est généralement moins décorée que la seconde façade qui s'ouvre sur les jardins. Suivant la richesse du propriétaire et suivant la situation topographique de l'hôtel, la superficie du jardin varie. Dans l'étroite île Saint-Louis, les jardins sont naturellement moins vastes qu'aux alentours du Louvre ou qu'au Marais. Mme de Rambouillet se vantait d'être la seule Parisienne qui pût faire ses foins dans son jardin.
Des ordres superposés (dorique, ionique, corinthien) ou un ordre corinthien colossal embrassant toute la hauteur de l'édifice, décorent généralement la façade sur la cour. Les fenêtres à plates-bandes sont fréquemment rehaussées de frontons, et la façade est couronnée d'un fronton sculpté, curviligne ou triangulaire.
La même décoration se poursuit le long de la cour sur les deux ailes perpendiculaires, dont la hauteur s'est accrue. Au XVI siècle, les ailes étaient souvent constituées par un simple rez-de-chaussée à portiques et au toit en terrasse, comme à l'hôtel Carnavalet ou à la petite galerie du Louvre. Au XV,le siècle, les ailes reçoivent quelquefois autant d'étages que le corps de logis principal, tant le nombre de personnes logeant à l'hôtel s'est élevé. Ainsi, l'hôtel parisien du XV,le siècle est issu du plan médiéval tel que nous l'avons vu à l'hôtel de Cluny; il abandonne au milieu du siècle le style brique et pierre et il étale sur ses façades de pierre, ou l'étagement des ordres antiques qui concourent à sa grandeur et à sa beauté, ou, à défaut des ordres antiques, des proportions qui leur sont exactement empruntées.
Aménagement intérieur de l'hôtel. -Quelle était la disposition intérieure de l'hôtel et comment s'organisaient les dégagements? Dans cet ordre d'idées, trop d'erreurs ont encore cours : on affirme couramment qu'antérieurement au XVllI siècle, les divers étages ne comprenaient que d'immenses pièces en enfilade, et on attribue à Mme de Rambouillet le mérite d'avoir la première rendu l'hôtel habitable. Chacune de ces opinions est également erronée. Quand on parle des appartements trop vastes du XVII siècle, on songe au Louvre d'Anne d'Autriche, utilisation de deux ailes XVI siècle, et à Versailles. Or, l'hôtel Lambert, l'hôtel Lauzun, parmi tant d'autres, sont parfaitement habitables et confortables. Dans ces deux hôtels aussi bien que dans les appartements de Mme de la Meilleraye (bibliothèque de l'Arsenal), des pièces étroites et intimes succèdent aux salons d'apparat. Quant à l'influence de Mme de Rambouillet sur les architectes, il faut laisser la responsabilité de cette légende à l'imagination de Tallemant des Réaux. Les architectes n'ont point attendu la construction de l'hôtel de Rambouillet pour mettre des escaliers à la jointure du corps de logis principal et des ailes, afin de faciliter les dégagements. Dès la fin du XV siècle, l'hôtel de Cluny nous en offre la preuve. On cherche vainement les raisons d'admettre que la marquise ait substitué, aux escaliers à brusques ressauts garnis de balustres de bois, l'escalier mollement arrondi, protégé par une rampe de fer sculpté, et qui s'arrête aux appartements de réception du premier étage. De tous les raffinements que les contemporains admirèrent au « palais de Cléomire », il semble que la seule innovation de la marquise consistât dans l'exécution d'une chambre peinte en bleu, qui parut une incroyable hardiesse à une époque où l'on ne connaissait, pour la décoration des appartements, que le rouge ou le tanné.
En revanche, les pièces en enfilade sont de règle dans les grands hôtels comme dans les maisons plus modestes : l'affectation de chaque salon n'est d'ailleurs pas fixée avec rigueur. On entrait dans le corps de logis principal, rarement par un escalier central, mais presque toujours par deux larges escaliers d'angle, aux belles rampes de bois, ou de fer. De petits escaliers desservaient les communs installés dans les ailes. Un perron et un escalier double faisaient communiquer le rez-de-chaussée de la façade sur les jardins avec les allées et les parterres. Au rez-dechaussée et au premier étage, les seules pièces réservées aux réceptions étaient fort vastes, mais les pièces régulièrement habitées étaient de proportions médiocres, flanquées de cabinets ou de garde-robes, coupées en deux par la séparation des alcôves. Dans les hôtels les plus somptueux, une longue galerie décorée avec magnificence par les peintres à la mode était réservée soit aux grandes fêtes, soit à l'exposition des collections. Sous Henri IV et au début du règne de Louis XIII, les murs des pièces étaient peints et sculptés, et les plafonds étaient constitués par de grosses poutres apparentes, soigneusement alignées et recouvertes, elles aussi, d'une ornementation picturale (on en voit de beaux exemples aux hôtels d'Aumont, de Vigny et Lamoignon, ainsi qu'au 7, rue Jacob).
Durant tout le XVII siècle, la décoration intérieure des diverses pièces a évolué : les poutres décorées ont été remplacées d'abord par des plafonds à caissons, puis par des plafonds où des sculptures entourent une vaste peinture mythologique ou allégorique. Les murs peints des chambres ont laissé la place, progressivement, à des décorations de pierre, puis à des boiseries. Les vastes plafonds peints et les boiseries seront les grandes innovations du siècle. On ne comprend point l'hôtel parisien de Louis XIII ou de Mazarin, quand on n'a pas su goûter longuement le charme des peintures et des boiseries que le temps a épargnées. Ainsi l'application des ordres à l'architecture extérieure et l'ornementation intérieure, confiée aux peintres et aux sculpteurs, contribuent à faire de l'hôtel classique une demeure bien composée, bien adaptée à la vie d'une société cultivée qui joint au goût le plus vif pour les distractions mondaines le culte des lettres et des arts. Là encore se révèle la tendance de l'esprit français vers la mesure et vers l'ordre.
Demeures de la rue Saint-Antoine. - Des flâneries à travers les vieux quartiers de Paris ont tôt fait de nous mettre en contact avec ces hôtels dont nous venons de tracer le portrait d'ensemble. A l'angle de la rue 23 Saint-Antoine (no 21) et de la rue du Petit-Musc, l'hôtel de Mayenne et d'Ormesson, bâti vers 1605, peutêtre par Jean Androuet du Cerceau, a une curieuse façade à porte cochère flanquée de* pilastres toscans et d'un fronton curviligne. Il a malheureusement été fâcheuse-ment transformé par l'addition d'un corps supplémentaire entre les deux pavillons. Les pilastres de pierre de ces derniers se détachaient autrefois sur des parois de brique, aujourd'hui recouvertes d'un crépi gris. La façade suicour comprend deux étages d'une grande simplicité. L'hôtel Sully, construit en 1624 par Jean Androuet du Cerceau (62, rue Saint-Antoine)
Agrandir le planse compose, au fond d'une cour, d'un corps de logis principal fait d'un rezde-chaussée, d'un étage et de lucarnes à la base du toit, ainsi que de deux ailes se terminant sur la rue par deux pavillons. Le grand corps de logis s'orne d'une frise à palmettes et à rosaces, de frontons curvilignes ou triangulaires avec têtes de faunes ou coquilles, et d'ailerons renversés portant des triglyphes. Une décoration allégorique de Saisons et d'Éléments, réminiscences de l'hôtel Carnavalet, achève la décoration. L'intérieur conserve, en particulier dans la chambre du marquis de Rosny, des décors de 1655 environ (boiseries et plafonds peints) proches, par le style, de l'hôtel Lauzun (à la coupole, Psyché enlevée dans l'Olympe).
Les appartements de l'Arsenal. - La bibliothèque de l'Arsenal a conservé les curieux appartements de la maréchale de la Meilleraye, et en particulier une chambre décorée en 1637 à l'occasion de son mariage, avec plafond de Simon Vouet, et une petite pièce au plafond fait de solives peintes, brillantes de dorures, de rinceaux, de chimères, d'attributs héraldiques ou militaires et décorée des figures de Judith, Lucrèce, Bérénice, Jeanne d'Arc, Esther et Marie Stuart, les femmes fortes dont le souvenir encourageait la maréchale quand son mari conduisait les armées de Louis XIII. Un plafond aux poutres peintes se retrouve dans un salon de l'hôtel des Miramiones (Musée de l'Assistance publique, 47, quai de la Tournelle)
Agrandir le plan, salon qui servit peutêtre de chapelle et qui a seul conservé son décor.
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