Hotels historique
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Les hôtels : L'hôtel classique à Paris
L'hôtel Lambert. - Dans l'île Saint-Louis s'élevèrent dans la première moitié du XVIIIe siècle, nous J'avons dit, toute une série d'hôtels, d'abord habités par de nouveaux riches. Depuis la disparition de l'hôtel de Bretonvilliers, construit en 1637 par Jean 1 Ducerceau et dont ne reste qu'un pavillon à arcade (rue de Bretonvilliers), les deux plus belles de ces demeures sont l'hôtel Lambert et l'hôtel Lauzun.
L'hôtel du président Lambert (2, rue Saint-Louis en-l'ile), élevé en 1640 par Le Vau, reçut, sous la direction de Le Sueur et de Le Brun, une décoration éclatante, qui est demeurée intacte au premier étage. Au fond d'une cour dorique, deux.ordres superposés et un fronton forment la façade du grand escalier. Dans les deux ailes en façade sur le jardin, Le Vau sut inscrire dans des pilastres ioniques un rez-de-chaussée et un premier étage surmonté d'un attique : ce sont les formule qui seront chères à l'architecture de Louis XIV. La décoration intérieure consiste d'abord dans une galerie de 23 mètres de long sur 4,87 de large, où Le Brun raconta (à la voûte) l'apothéose d'Hercule et son mariage avec Hébé. Le long des murs, les douze travaux d'Hercule ont été sculptés par Van Obstal dans des médaillons qui surmontent des groupes d'enfants, des aigles et des cariatides alternés. Cet ensemble magnifique est proche parent de la galerie Mazarine. Tout le système décoratif qui sera exécuté par Le Brun à la galerie d'Apollon et à la galerie des glaces s'annonce déjà dans cette galerie. Et dans les peintures décoratives de Le Brun, de Le Sueur ou de leurs élèves, dans ces casques, ces gloires et ces trophées, nous trouvons les futurs éléments de la sculpture sur bois qui allait connaître un si éclatant succès : l'hôtel Lambert forme la préface de l'art décoratif classique.
L'hôtel Lauzun. - C'est à l'hôtel Lauzun (17, quai d'Anjou)
Agrandir le plan qu'il faut se rendre pour retrouver dans ses moindres détails la magnificence somptueuse et la délicatesse exquise d'un vaste hôtel parisien de cette époque. L'architecture, par Le Vau (1656-1657), en est fort simple. Au-delà d'une porte cochère, l'hôtel se compose de trois corps de bâtiments disposés autour d'une belle cour intérieure, fermée au quatrième côté par un mur plein. Chacun des bâtiments est fait d'un rez-de-chaussée aux arcades en plein cintre entre des pilastres toscans, puis de deux vastes étages séparés l'un de l'autre par un bandeau. Aux combles, des fenêtres à frontons complètent l'ensemble harmonieux et sobre. Audessus de la porte cochère, un cabinet de toilette fait saillie sur la façade intérieure et retombe sur de beaux lions accroupis.
Dans le corps de bâtiment ouest, l'escalier conduit aux appartements de réception. Au premier étage s'ouvre une vaste salle des gardes, décorée de lambris dans les parties basses, de portes sculptées en plein bois, couverte d'un plafond fait de longues solives apparentes et peintes. Cette salle conduit à une petite pièce dont le luxe suffirait à la réputation de l'hôtel. Peinte et sculptée depuis le plancher jusqu'au plafond, elle est décorée à hauteur d'homme d'une suite de charmants paysages de Patel, surmontés de portraits alternant avec des gerbes de fleurs. Des bâtons en zigzag, des guirlandes, des feuilles, des rinceaux et des oves sont peints sur les boiseries. Une Cérès de l'école de Le Sueur décore le plafond,
orné aux caissons latéraux d'amours et de masques tragiques. Cette petite chambre et l'escalier dérobé qui lui fait suite démontrent une fois de plus que le xviie siècle connut les pièces intimes et les dégagements faciles.
A l'étage supérieur, l'escalier (moderne, mais la cage est ancienne), dominé par les statues de Minerve et d'Apollon, est couronné par un plafond attribué à Le Brun, le Temps découvrant la Vérité, dans une ceinture de grisailles. Ce plafond est soutenu par des pilastres doriques, parmi quatre bas-reliefs, une frise à guirlandes et triglyphes, et une corniche rehaussée de palmettes et de feuilles d'acanthe.
Quatre pièces se succèdent en enfilade un premier salon, un salon de musique, une chambre à coucher et un boudoir. La beauté du salon réside dans ses portes où la peinture et la sculpture sont étroitement unies. Dans le salon de musique, les portes et les panneaux, dans lesquels s'enchâssent trois grandes toiles de Sébastien Bourdon, sont entourés par des aigles aux ailes déployées. Une frise d'amours, de guirlandes, de faunes et d'initiales entrelacées court sous le plafond, œuvre proche de Le Brun, décoré de scènes mythologiques dans des caissons ovales et d'un médaillon central voué à la Toilette de Vénus. Les loggias de cette même pièce sont une invention de 1906.
Dans la chambre à coucher, de dimensions moyennes, qui renferme une alcôve, on peut admirer le portrait, pétillant d'esprit, de la duchesse de Richelieu; au plafond de l'alcôve, un élève de Le Sueur a représenté une galante allégorie du Sommeil; au plafond de la chambre, la facilité un peu froide de Le Brun a raconté Diane et Endymion. Enfin, dans le boudoir, d'une splendeur inouïe, au-dessus de glaces, de panneaux peints, de pilastres ioniques et de scènes mythologiques, Flore et Zéphyre sont placés au centre d'une décoration à l'italienne faite de rinceaux et d'entrelacs.
L'incroyable richesse décorative de cet hôtel, dont les créateurs eurent toute licence pour dépenser l'argent sans compter, témoigne d'un luxe ornemental qui ne fut jamais dépassé. Cette demeure nous enseigne que la peinture décorative de Louis XIII et de Mazarin prenait pour thème la mythologie et les paysages aussi bien que les natures mortes. Elle nous révèle que les plafonds à solives ont pu cohabiter avec des plafonds entièrements peints. Elle nous montre enfin l'emploi simultané sur les panneaux de la peinture et de la sculpture. Plus nous avancerons dans l'art classique, plus nous verrons les peintres et les sculpteurs travailler séparément. Bientôt les pièces seront décorées de boiseries sculptées, et les peintures ne trouveront plus de place qu'aux trumeaux.
Louis Le Vau et son frère François construisirent dans l'île Saint-Louis plusieurs autres hôtels, parmi lesquels on peut citer l'hôtel Le Charron (1652; 13-15, quai de Bourbon),
Agrandir le plan la maison dite du Centaure (1659; 45, quai de Bourbon) et l'hôtel Hesselin, dont ne subsiste plus que la belle porte aux vantaux sculptés par Le Hongre (1640; 24, quai de Béthune).
On voit même à cette époque certains novateurs s'installer au faubourg Saint-Germain, dont la vogue ne débutera que plus tard. Parmi les plus anciennes demeures conservées de ce quartier, citons l'hôtel de Sourdéac, construit en 1645 par Robelin (8, rue Garancière). Plus près du centre, l'hôtel de Transylvanie (1622-1628; 9, quai Malaquais) a gardé, aux deuxième et troisième étages, ses plafonds de l'époque à poutres peintes.
Les quartiers extérieurs au Paris du temps ont perdu les maisons de campagne qui commencèrent à y être édifiées à cette époque. Nous avons cependant gardé la maison dite de la Reine Blanche (17, rue des Gobelins), résidence de la famille Gobelin et, comme maison « rurale », celle qui abrite maintenant le musée du Vieux-Montmartre (17, rue Saint-Vincent). |
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