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Le Louvre Paris


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Pour Louis XIV, cette façade - celle que nous nommons aujourd'hui la Colonnade - devait être la grande entrée du Louvre. On ne cessera guère par la suite de faire des projets d'urbanisme dans le but de la dégager et d'ouvrir devant elle une avenue qui aurait scandé le grand axe est-ouest de Paris dont on commençait à prévoir qu'il pourrait un jour s'étendre du château de Vincennes à celui de Saint-Germain-en-Laye. L'établissement d'une façade d'entrée solennelle s'imposait donc à un monarque dans toute l'audace de sa jeunesse et qui voyait grand. Pour Colbert, cette construction avait la plus haute importance, aussi bien pour le prestige des arts que pour le prestige européen de la France.

Les projets de Le Vau, de Lemercier, de Jean Marot reprenant le principe du pavillon central coiffé d'un dôme avec des ailes latérales furent accueillis avec réticences. Le projet de François Mansart ne manquait pas de noblesse, mais chacun savait combien les rapports avec lui devenaient difficiles : trop scrupuleux il changeait d'idée en cours de route, allant même jusqu'à démolir des constructions commencées,- et il ne voulait d'ailleurs pas fournir de devis. Colbert, devenu surintendant des bâtiments, était persuadé qu'il ne trouverait qu'en Italie des architectes capables d'édifier un monument dont la magnificence s'imposerait à tous. On s'adressa alors à des Italiens; leurs projets furent jugés faibles, compliqués, et trop teintés de baroquisme. C'est alors que l'on décida de mander le plus célèbre, le cavalier Bernin, qui fut accueilli avec de grands égards, et reçut commande du buste du roi. Son projet pour le Louvre présentait une façade onduleuse, délicate, ciselée, toute en terrasses : elle aurait fait figure de corps étranger. Bernin, pendant les six mois de son séjour, s'était rendu insupportable par sa jactance. Les architectes français le virent sans regret regagner Rome. Il enverra un second projet, très différent : un palais romain sur un soubassement de grosses pierres, dont les deux étages étaient unis par des pilastres avec une terrasse dont la balustrade était ponctuée de statues. Par-derrière, tout le vieux Louvre de Lescot

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disparaissait, cinq cours remplaçaient la cour carrée, et l'architecte avait même prévu une galerie rejoignant les Tuileries parallèle à celle du bord de l'eau. Le Bernin fut couvert d'or et d'honneur. On commença des travaux de substruction. Et l'on s'en tint là. Colbert réunit une commission où figurait l'agence Le Vau, dont François d'Orbay était le chef, le peintre Le Brun et le médecin Claude Perrault, académicien, traducteur de Vitruve, architecte amateur. Non sans difficultés, ils mirent au point un projet, plusieurs fois rectifié, qui fut choisi par Louis XIV;c'est celui de la colonnade actuelle. Les dessins de d'Orbay sont d'un savoir, d'une qualité tellement supérieurs à ceux des autres architectes de son temps que l'on peut penser aujourd'hui que cet homme de grand métier et de grande discrétion a vraisemblablement joué un rôle de premier plan dans cette obscure histoire de la colonnade, complexe et toute chargée d'intrigues.

Cette célèbre façade, considérée comme le majestueux symbole de l'architecture classique française, comprend un rez-de-chaussée percé de hautes fenêtres sur un soubassement à bossages. Ce soubassement resté enfoui, est apparu en 1964 quand André Malraux fit creuser les fossés qui mettent la façade en valeur. A quelques mètres .en avant du bâtiment, l'amorce d'un mur fut mise à jour dont les pierres ont été utilisées pour élever la contrescarpe et le pont d'accès. Le péristyle, d'une allure grandiose, se compose de douze colonnes corinthiennes accouplées. En arrière, d'immenses fenêtres rectangulaires sont ornées de frontons et de consoles. L'avant-corps central est sommé d'un fronton triangulaire. De chaque côté, les pavillons sont percés d'une grande baie en plein cintre cantonnée de pilastres.


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La construction présenta beaucoup de difficultés. Pour soutenir le pesant entablement, les pierres des colonnes durent être fixées par des tringles, des tenants et des crochets. C'est fort abusivement que certains veulent aujourd'hui voir là un mode de construction précurseur de l'architecture de fer. En fait, il. s'agissait d'une sorte d'orthopédie rudimentaire, et Gabriel, en 1757, dut refaire la

Example piccolonnade entière qui menaçait de se ruiner. Le péristyle, devant sa large terrasse inutile, plongeait les appartements dans une demi. obscurité. Ce morceau d'architecture magistrale plaqué devant les bâtiments de la cour du Louvre, qu'il fallut surélever, est aussi un parfait exemple d'architecture antifonctionnelle.

L'aile de la colonnade était prévue pour recevoir les appartements du roi. On dut y renoncer. Il aurait fallu dégager les abords immé. diats du Louvre en expropriant les maisons situées entre le palais et Saint- Germain-l'Auxerroi, opération difficile et coûteuse en un temps où l'expropriation n'était pas admise. On décida donc de laisser les appartements royaux à leur place dans l'aile sud et d'en doubler la surface. La façade méridionale de Lescot et de Le Vau, sur la Seine, fut donc, sans hésitation, camouflée par un nouveau bâtiment plaqué sur elle. La colonnade devait être allongée pour correspondre au bâtiment qui doublait de largeur; elle fut remaniée à cet effet - et, ajoutons-le, pour un plus bel effet. Le pavillon d'angle sud-est s'étant amplifié, le souci de rétablir les proportions de l'ensemble entraîna l'agrandissement du pavillon symétrique et du pavillon central. La nouvelle façade se trouvant plus haute que les bâtiments antérieurs, on dut racheter la différence en construi. sant au revers un étage supplémentaire. Il n'y avait alors plus de raison pour que l'exhaussement ne fût pas généralisé et ne se prolongeât point tout autour du quadrangle. Devant le jardin de l'Infante cette nouvelle façade est fort majestueuse. Sur un soubassement où s'alignent de hautes fenêtres, deux étages sont unis par un ordre corinthien et couronnés par une balustrade. L'avant-corps central est percé d'un large passage d'accès. L'ensemble est traité dans un style qui s'harmonise parfaitement avec celui de la Colonnade. Au nord, sur l'actuelle rue de Rivoli, les bâtiments, édifiés

 

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aussi sur les dessins de la commission créée par Colbert, se raccordent au pavillon de la Colonnade et le prolongent dans un rythme identique. Pas de pilastres, mais des bandeaux qui accentuent de bout en bout la dominante horizontale. Une succession d'avancées rompt la monotonie grâce à la discrète répartition des refends. Les sculptures des avant-corps sont de Le Hongre, Tuby, Legendre et Masson. Napoléon, alors premier consul, décida de créer un étage supérieur dans la cour carrée, après l'avoir débarrassée des « baraques » qui restaient encore au milieu. C'était sacrifier l'attique et rompre les proportions établies. Il ne voulut pas toucher à l'aile' orientale de Lescot et Lemercier. Ainsi la cour fut-elle surélevée seulement sur trois côtés. La tâche fut confiée à Percier et Fontaine qui complétaient les travaux de Gabriel et eurent le bon goût de ne faire aucune innovation, de se borner à une reproduction de l'architecture antérieure.

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